“Avoir Hashimoto et Basedow” : possible ?

Hashimoto et Basedow…les 2 troubles auto-immuns de la thyroïde, l’un en hypothyroïdie qui ralentit le métabolisme, l’autre en hyperthyroïdie, qui l’accélère. Hashimoto et Basedow constituent les 2 situations les plus courantes dans les problématiques de thyroïde. Cela peut sembler paradoxal d’avoir les 2, ou l’une puis l’autre… et pourtant, je vois cela en consultation de plus en plus, et des personnes qui ne comprennent pas, alors j’ai été creusé…et je me suis dit que j’allais vous proposer un article à ce sujet. Certaines personnes ont plusieurs anticorps thyroïdiens positifs, et un tableau qui ne correspond pas vraiment aux catégories classiques. D’autres décrivent des symptômes qui oscillent : fatigue, prise de poids… puis, à d’autres moments, palpitations, nervosité, sensation d’accélération. Alors la question revient souvent : est-ce possible d’avoir Hashimoto et Basedow à la fois? Car aujourd’hui, une idée émerge de plus en plus clairement : les maladies thyroïdiennes auto-immunes pourraient ne pas être des entités totalement distinctes, mais différentes expressions d’un même déséquilibre. Dans cet article, je vous présenterai comment ces formes peuvent coexister ou évoluer dans le temps. Et dans un second temps / dans un article à venir, je vous proposerai des pistes naturopathiques pour agir sur ce terrain auto-immun. ⚠️ Important : Juste avant de commencer : je ne diagnostique rien du tout (je ne suis pas docteur), t cet article n’a pas vocation à diagnostiquer non plus ni à remplacer un suivi médical. Il s’appuie à la fois sur des données issues de la littérature scientifique (même si le nombre de cas dans ces études présentés n’est pas énorme) et sur des observations de terrain, pour mieux comprendre certaines situations qui peuvent sembler déroutantes.

Hashimoto et Basedow : vraiment opposées…ou possible d’avoir les 2 ?

Est-ce possible d’avoir Hashimoto ET Basedow, alors que sur le papier tout oppose ces 2 troubles ? Sur le plan théorique, tout semble assez simple. La thyroïde fonctionne comme un régulateur du métabolisme. Lorsqu’elle produit trop d’hormones, tout s’accélère. Lorsqu’elle n’en produit pas assez, tout ralentit. Dans ce cadre, on distingue classiquement deux maladies auto-immunes :

  • La thyroïdite de Hashimoto, associée à une hypothyroïdie : le système immunitaire attaque progressivement la glande, ce qui diminue sa capacité à produire des hormones.
  • La maladie de Basedow, associée à une hyperthyroïdie : ici, le système immunitaire stimule la thyroïde de façon excessive, entraînant une surproduction hormonale.

Ces deux tableaux sont donc opposés, et cette différence s’explique en grande partie par le type d’anticorps impliqués. Dans Hashimoto, on retrouve le plus souvent des anticorps anti-TPO et et/ou anti-thyroglobuline. Ces anticorps participent à l’inflammation et à la destruction progressive de la glande. Dans Basedow, les anticorps anti-récepteurs de la TSH (TRAK) sont élevés, mais il peut aussi y avoir (et assez fréquemment dans ce que je vois en tout cas) les anti-TPO et/ou anti-TG qui eux sont présents dans Hashimoto. Les TRAK ont un effet stimulant : ils “miment” le signal normalement envoyé par le cerveau à la thyroïde, et poussent celle-ci à produire davantage d’hormones. Si l’on s’arrête à cette vision, tout paraît clair. Pourtant, dès que l’on sort du cadre théorique — et notamment lorsqu’on observe les personnes dans la durée — cette opposition peut devenir moins nette. On se rend compte que :

  • certains profils ne rentrent pas dans une seule case
  • tous les anticorps peuvent coexister
  • et les symptômes ne suivent pas toujours la logique attendue.

Autrement dit : sur le papier, tout semble opposé… mais dans la réalité, il y a des cas où c’est plus nuancé.

Ce que l’on observe en pratique

(Je devrais peut-être dire « ce que j’observe »)

La plupart du temps, une personne n’a que Hashimoto ou que Basedow. Mais parfois les choses deviennent souvent plus complexes. En consultation, il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui présentent plusieurs types d’anticorps en même temps : TRAK + anti-TPO et/ou anti-thyroglobuline. C’est le plus souvent le cas avec les personnes ayant Basedow. Et quand les TRAK redescendent, hélas, ce n’est pas toujours le cas des 2 autres anticorps.

Par ailleurs, plus rarement, j’observe qu’il est aussi possible qu’une personne avec Hashimoto présente aussi des anti-corps TRAK (de Basedow) en quantité non négligeable. Autre situation fréquente : des symptômes qui ne collent pas parfaitement à une seule catégorie. Certaines personnes décrivent à la fois :

  • de la fatigue, une prise de poids, une frilosité, des pertes de cheveux dans les 2 cas
  • mais aussi des palpitations, de l’irritabilité, ou une sensation d’accélération.

Parfois, ces symptômes alternent. Parfois, ils coexistent. Il arrive aussi de voir des profils encore plus déroutants :

  • des anticorps positifs (dans le sens : élevés) sans signes marqués
  • ou à l’inverse, des symptômes très présents avec une biologie peu “typique”
  • des personnes en hyperthyroïdie… qui ne perdent pas de poids, voire en prennent, … et des personnes en hypothyroïdie qui perdent beaucoup de poids…

Ces profils sont simplement moins décrits dans les schémas théoriques classiques.

Je mets le screenshot ci-dessous des avis Google extrait de mon compte, juste pour vous montrer que ces cas de figure existe:

Ces observations peuvent donner l’impression que “quelque chose ne colle pas”, ou que la situation n’est pas claire. Mais en fait, elles reflètent souvent une autre manière de comprendre les troubles thyroïdiens auto-immuns. Car plutôt que des cases fixes et opposées, on est probablement face à un système plus dynamique, capable d’évoluer dans le temps et de s’exprimer de différentes façons selon les personnes. Et ce point est aujourd’hui de plus en plus exploré dans la littérature scientifique.

Ce que dit la littérature

Dans la littérature scientifique, type Pubmed, on retrouve de plus en plus de descriptions de ces situations. Plusieurs publications rapportent notamment des cas où une personne passe d’une hyperthyroïdie de Basedow à une hypothyroïdie de Hashimoto, parfois plusieurs années après (j’ai déjà entendu des personnes me dire qu’on leur avait dit que ce n’était pas possible : et pourtant, il m’est arrivé de recevoir ce type de consultants.. et j’en ai aussi un dans ma famille).   L’inverse a également été décrit, même si cela semble plus rare : une hypothyroïdie auto-immune qui évolue vers une hyperthyroïdie. Là encore, ce type de transition peut surprendre, mais il est documenté. Au-delà de ces évolutions dans le temps, certaines études rapportent aussi des formes de coexistence. Autrement dit, des personnes qui présentent à la fois :

  • des anticorps caractéristiques de Hashimoto
  • et des anticorps caractéristiques de Basedow

Dans ces situations, un tableau clinique a tendance à dominer, mais l’autre composante est bien présente en arrière-plan. Certaines descriptions vont encore plus loin. On parle parfois de fluctuations entre hyper- et hypothyroïdie, avec des profils qui “basculent” d’un état à l’autre. Ce phénomène, parfois appelé “swinging thyroid”, reste peu fréquent mais décrit dans des cas cliniques. J’allais oublier de mentionner le fait qu’Hashimoto peut débuter par une hyperthyroïdie (ou parfois on retombes dans une phase d’hyper), et ceci est bien reconnu. En effet, cette phase initiale d’hyperthyroïdie transitoire, appelée hashitoxicose, s’explique par la destruction inflammatoire des cellules thyroïdiennes, entraînant la libération des hormones préalablement stockées, avant l’installation progressive d’une hypothyroïdie   Ce qu’il faut retenir, c’est que ces différentes formes — évolution, coexistence, fluctuations — ne sont pas de simples anomalies isolées. Elles suggèrent que la frontière entre Hashimoto et Basedow existe.

Avoir Hashimoto et Basedow: possible, mais voir le côté auto-immun

Au fil de ces observations et des données disponibles, il y a clairement le fait qu’il s’agisse de deux maladies auto-immunes, et il est reconnu qu’une fois qu’on déclenche une maladie auto-immune, on est hélas plus susceptible d’en déclencher d’autres. Par exemple, Hashimoto est associé la maladie caeliaque, au lupus, à la polyarthrite rhumatoïde et d’autres. Basedow est associé au vitiligo , anémie de Biermer, syndrome de Gougerot et d’autres (je voulais vous mettre d’autres références mais je ne le ai pas sous la main: j’essaierai de penser à les ajouter!). Certaines hypothèses avancent que tout pourrait dépendre de l’équilibre entre les différents types d’anticorps : ceux qui stimulent la thyroïde, et ceux qui la freinent. Selon leur proportion, leur activité, et la capacité de la thyroïde à y répondre, le tableau clinique pourrait alors varier :

  • hyperthyroïdie
  • hypothyroïdie
  • formes mixtes ou fluctuantes

Ces mécanismes sont encore assez peu explorés, et chaque situation est unique. Mais je trouve que cette lecture déplace le regard, vers ce qui nous est cher en naturopathie : Plutôt que de se focaliser uniquement sur une étiquette (“Hashimoto” ou “Basedow”), il est pertinent de s’intéresser au terrain auto-immun dans son ensemble. C’est précisément là que l’approche naturopathique peut apporter quelque chose de complémentaire : non pas en remplaçant un suivi médical, mais en cherchant à soutenir l’équilibre global du corps. Dans le prochain article, nous verrons justement quelles pistes peuvent être envisagées pour agir sur ce terrain auto-immun, au-delà de l’hypo ou de l’hyperthyroïdie.

 

Je suis Céline Jablonski, praticienne naturopathe à Paris et en visio, certifiée, adhérente au Syndicat des Professionnels de la Naturopathie, et formatrice en école de naturopathie. J’aide les personnes à retrouver un équilibre physique et émotionnel via les techniques naturopathiques (alimentation, activité physique, gestion du stress, usage de plantes…). Via ce blog, je vous partage d’une manière accessible des connaissances et expériences que je trouve utiles, pour vous permettre d’aller mieux. Ces conseils ne remplacent ni ne doivent vous priver de consulter votre professionnel de santé.