Jusqu’à 17% des couples ont des problèmes de fertilité, notamment dans le monde occidental (étude Cox et al. (2022)). Quand on parle de fertilité, on pense souvent aux hormones sexuelles, au cycle menstruel, à l’ovulation (ou plutôt anovulation) et aux pathologies comme le SMOP (ex SOPK), endométriose…qui peuvent poser problème quand on cherche à tomber enceinte… et c’est logique. Mais, en termes d’hormones et de fertilité, la fonction thyroïdienne ne doit pas être oubliée.
Les difficultés à concevoir sont rarement liées à une seule cause. C’est souvent un ensemble de déséquilibres qui finissent par impacter la fertilité. Et dans cet ensemble, la fonction thyroïdienne a toute sa place comme nous allons le voir. Le lien entre fertilité et hypothyroïdie ne doit pas être sous-estimé.
Fertilité et thyroïde : ce qu’il faut retenir:
Quel est le lien entre hypothyroïdie et fertilité, et pourquoi la thyroïde est-elle si importante avant et pendant la grossesse ?
- La thyroïde joue un rôle important dans la fertilité féminine et masculine.
- Une hypothyroïdie, même discrète, peut perturber l’ovulation, les cycles, l’implantation et la qualité du sperme.
- Pendant la grossesse, un bon équilibre thyroïdien est essentiel, notamment au développement du système nerveux du bébé.
- L’équilibre thyroïdien dépend aussi du terrain global : intestin, foie, micronutriments, stress, inflammation et immunité.
- Avant, pendant et après la grossesse, un suivi adapté et individualisé est important, en complément du suivi médical.
Avant le lien à ne pas sous-estimer entre hypothyroïdie et fertilité, un petit rappel :
Je vais venir au lien sous-estimé entre fertilité, grossesse et hypothyroïdie, mais avant, je vous propose un petit rappel sur les signes de l’hypothyroïdie et la fonction si importante de cette glande.
Elle correspond à un ralentissement de la production d’hormones thyroïdiennes. Elle peut être franche, mais aussi beaucoup plus discrète. Parmi les signes :
- fatigue persistante, même au repos,
- frilosité inhabituelle,
- ralentissement du transit,
- prise de poids inexpliquée,
- chute de cheveux,
- cycles perturbés…
…et pourtant, la TSH est dans les normes de laboratoire, mais pas forcément dans une zone optimale pour la fertilité. Parfois, la T4 et surtout la T3 — la forme active des hormones thyroïdiennes — ne sont pas explorées, ou ne le sont pas sous un angle fonctionnel.
Résultat : tout semble “ok” sur le papier, alors que le corps, lui, envoie déjà des signaux.
Dans cet article, nous allons voir en quoi la thyroïde peut influencer la fertilité et la grossesse, quels sont les enjeux en cas d’hypothyroïdie, et comment accompagner cet équilibre dans une approche globale, en complément du suivi médical.
Hypothyroïdie et fertilité : ce qui peut se jouer en amont
Avant même la grossesse, la thyroïde influence finement l’ensemble du système reproducteur.
Chez la femme, les hormones thyroïdiennes interagissent directement avec celles des ovaires. Quand la fonction thyroïdienne est ralentie, cela peut perturber l’équilibre hormonal qui pilote l’ovulation. Concrètement, cela peut se traduire par des cycles moins réguliers, des ovulations de moindre qualité, voire absentes dans certains cas.
La T3, la forme active des hormones thyroïdiennes, intervient directement dans la maturation des follicules, la qualité des ovocytes, et le bon déroulement de la phase lutéale — cette période clé après l’ovulation, indispensable à une implantation de qualité.
Quand cet équilibre est fragilisé, l’endomètre peut également être moins réceptif, ce qui complique l’accroche de l’embryon, même si la fécondation a eu lieu.
Chez l’homme, on en parle encore trop peu, et pourtant la thyroïde joue aussi un rôle. Une hypothyroïdie peut influencer la qualité du sperme, mais aussi les niveaux de testostérone et la libido.
Au-delà des hormones, un métabolisme ralenti peut favoriser une prise de poids ou une résistance à l’insuline, deux facteurs qui peuvent, eux aussi, impacter la fertilité.
Grossesse : un enjeu thyroïdien majeur
Au cours du premier trimestre, le fœtus dépend entièrement des hormones thyroïdiennes maternelles, en particulier de la T4, qui traverse le placenta avant d’être activée en T3 au niveau fœtal.
En parallèle, les besoins en hormones thyroïdiennes augmentent chez la mère, notamment en début de grossesse. Cela demande à l’organisme de bonnes capacités d’adaptation… qui peuvent être plus fragiles en cas de terrain déjà limite.
Lorsque l’équilibre thyroïdien n’est pas optimal, les conséquences peuvent concerner à la fois la mère et le bébé.
Dans le tableau juste en dessous sont synthétisés les principaux risques associés à une hypothyroïdie non équilibrée pendant la grossesse (maternels et fœtaux). (Vous voyez les petits émoticones, que je n’ai pas l’habitude de mettre, car j’ai demandé à l’IA de faire le code pour le tableau avec le contenu que je souhaitais mettre ! Je ne savais pas faire ! Et évidemment les IA sont friandes de ces petits dessins…que je ne sais pas retirer).
Ces risques concernent principalement une hypothyroïdie non traitée ou insuffisamment équilibrée. Une prise en charge et un suivi adaptés permettent de réduire considérablement les risques pour la mère et le bébé.
J’ajouterais également les risques accrus que l’enfant développe un TDAH quand la mère est en hypothyroïdie durant la grossesse (livre de Vincent Reliquet : Les pouvoirs de l’iode).
Ce qu’il faut retenir, c’est que la thyroïde joue un rôle direct dans le développement du système nerveux du bébé, en particulier en début de grossesse, et dans le bon déroulement global de celle-ci.
Comment la naturopathie peut soutenir la fertilité en cas d’hypothyroïdie ?
Dans une approche naturopathique, l’idée n’est pas de se focaliser uniquement sur la thyroïde (même si c’est le fil conducteur ici), mais de comprendre dans quel environnement elle fonctionne. En effet, c’est une glande particulièrement sensible : elle réagit au stress, aux carences, à l’inflammation, à l’état digestif… Autrement dit, elle s’inscrit dans un équilibre global.
En pratique, cela passe souvent par des ajustements simples mais ciblés : soutenir certains apports nutritionnels, améliorer le confort digestif, apaiser un terrain inflammatoire ou encore mieux gérer le stress chronique.
L’immunité et le terrain auto-immun
Lorsqu’il existe un terrain auto-immun, l’équilibre du système immunitaire devient alors un point important, car il peut influencer l’évolution des déséquilibres thyroïdiens (Hashimoto). L’objectif sera alors d’apaiser l’inflammation de fond et les facteurs qui peuvent entretenir cela.
L’intestin, un pilier souvent sous-estimé
L’intestin joue un rôle clé dans l’équilibre global, notamment sur le plan immunitaire et inflammatoire. Un déséquilibre digestif peut entretenir un terrain propice aux perturbations hormonales. La conversion de l’hormone T4 en T3 active se passe en effet notamment dans les intestins.
Améliorer le confort digestif, soutenir le microbiote et limiter les irritations intestinales peut ainsi avoir un impact indirect, mais réel, sur la fonction thyroïdienne.
Le foie et la transformation hormonale
Le foie intervient aussi dans la conversion de la T4 en T3, la forme active. Lorsqu’il est surchargé ou moins efficace, cette conversion peut être moins optimale. Soutenir le foie fait donc partie d’une approche globale pour favoriser un meilleur équilibre hormonal. Attention, pas de detox une fois enceinte ou allaitante !
Les apports nutritionnels
Certaines vitamines et minéraux sont indispensables au bon fonctionnement de la thyroïde. Sans entrer dans une logique de supplémentation systématique, il est intéressant de vérifier que les apports alimentaires en zinc, sélénium, fer, pour ne citer qu’eux, sont suffisants et adaptés, et sinon de complémenter.
Travailler sur le stress chronique
La thyroïde est particulièrement sensible au stress. Un stress prolongé peut perturber l’axe hormonal global et impacter indirectement la fonction thyroïdienne.
Travailler sur la régulation du stress, le repos et les temps de récupération fait donc pleinement partie de l’accompagnement (je sais, ça en fait, des points à regarder …) !
Je vais caser ici aussi l’acupuncture, qui agit plus globalement (pas que sur le niveau de stress), et qui est souvent bénéfique dans les parcours PMA.
Attention aux perturbateurs endocriniens
L’exposition à certains perturbateurs endocriniens peut interférer avec le fonctionnement hormonal, y compris celui de la thyroïde. Sans chercher à tout contrôler, réduire les expositions les plus fréquentes peut déjà contribuer à alléger la charge sur l’organisme.
En pratique 🙂
En lisant tout ceci, on peut prendre peur, il peut y avoir tant de choses à regarder. L’objectif n’est pas de “tout parfaire”, mais d’identifier les priorités, ou ce qui, chez une personne donnée, peut freiner un bon équilibre hormonal — et d’agir progressivement, de manière adaptée, individualisée.
Thyroïde et PMA : un point à ne pas négliger
Dans les parcours de PMA, la fonction thyroïdienne est parfois explorée, mais pas toujours de manière approfondie (je ne dis pas que c’est la cause de tous les problèmes).
Certaines données, dont une meta analyse couvrant 5 études avec en tout 12566 cas, montrent que la présence d’anticorps thyroïdiens est associée à un risque accru de fausses couches, même lorsque les dosages hormonaux semblent corrects. Je cite « Chez les femmes présentant une fonction thyroïdienne normale mais des auto-anticorps thyroïdiens, le risque de fausse couche est plus de trois fois plus élevé et le risque d’accouchement prématuré est doublé ».
Cela rappelle à quel point une vision globale du terrain peut être pertinente, en complément du suivi médical bien sûr.
Pendant la grossesse : accompagner avec justesse
Une fois la grossesse installée, l’accompagnement se fait avec plus de nuance.
L’hygiène de vie reste centrale : une alimentation adaptée, des apports suffisants en nutriments, une attention portée à l’équilibre global.
La gestion du stress est très importante, car le stress est un facteur aggravant voire déclenchant (quand il est chronique et élevé) de problématiques thyroïdiennes. Le stress chronique augmente la sécrétion de cortisol, ce qui peut perturber l’axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien et favoriser l’auto-immunité thyroïdienne, et perturber la transformation de T4 en T3 (hormone actiuve). Chez les personnes prédisposées, cela peut contribuer à l’apparition ou à l’aggravation d’une thyroïdite de Hashimoto, même lorsque les dosages hormonaux restent initialement dans les valeurs normales.
La micronutrition peut avoir sa place dans certains cas, mais toujours de manière individualisée, et en complément du suivi médical.
En revanche, les plantes sont beaucoup plus limitées pendant cette période et nécessitent encore davantage de prudence.
Le post-partum : une période charnière
On en parle peu, mais le post-partum est une période à risque sur le plan thyroïdien.
Après l’accouchement, le système immunitaire se réactive (en effet, la grossesse met un peu le système immunitaire entre parenthèses pour tolérer l’embryon / fœtus). Après l’accouchement, le retour à la normale peut parfois réveiller une tendance à l’auto-immunité, notamment au niveau de la thyroïde.
Cela peut favoriser l’apparition d’une thyroïdite du post-partum, en particulier chez les femmes ayant déjà des anticorps. En consultation, je demande souvent depuis quand l’hypothyroïdie est apparue, et ce qui a pu déclencher. Les grandes variations hormonales, dont le post-partum, en font clairement partie.
Les symptômes peuvent passer inaperçus ou être confondus avec la fatigue normale liée à l’arrivée d’un bébé : fatigue intense, irritabilité, variations de poids… D’où l’intérêt, là encore, d’être attentive aux signaux du corps.
Et l’allaitement ?
L’allaitement est tout à fait compatible avec un déséquilibre thyroïdien bien suivi. En revanche, il représente une demande supplémentaire pour l’organisme, notamment sur le plan énergétique et nutritionnel. Cela renforce l’importance d’un apport suffisant en nutriments, d’un bon repos (autant que possible…) et d’un accompagnement adapté si besoin.
Conclusion sur ce lien sous-estimé entre fertilité et hypothyroïdie
La thyroïde est une pièce centrale de l’équilibre hormonal, à toutes les étapes : avant la conception, pendant la grossesse, et après, et le lien est souvent sous-estimé hélas…voire oublié.
L’hypothyroïdie, même discrète, peut influencer la fertilité et le déroulement de la grossesse de manière plus fréquente qu’on ne le pense.
Dans ce contexte, la naturopathie propose une approche complémentaire, qui vise à comprendre et à soutenir le terrain global, sans se substituer au suivi médical. Parce qu’en matière de fertilité (et autres d’ailleurs), le corps a parfois simplement besoin qu’on l’aide à retrouver les conditions les plus favorables à son équilibre.
Sources:
Haute Autorité de santé (HAS). Prise en charge des hypothyroïdies chez l’adulte. Recommandations de bonne pratique, 2022.
Société Française d’Endocrinologie. Hypothyroïdie – informations et recommandations, 2022.
World Health Organization. Guidelines on iodine supplementation in pregnant and lactating women.
ANSES. Apports nutritionnels recommandés en iode.
Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism. Negro R. et al. (2007). The influence of selenium supplementation on postpartum thyroid status in pregnant women with thyroid peroxidase autoantibodies.
Frontiers in Endocrinology (2023). Thyroid dysfunction and female infertility.
Journal of Reproductive Medicine. Thyroid disorders and fertility outcomes.
Fertility Research and Practice. Thyroid dysfunction and ovulatory disorders.
Thyroid (2022). Impact of Thyroid Autoimmunity on Assisted Reproduction Outcomes.
Cox, C. M., Thoma, M. E., Tchangalova, N., Mburu, G., Bornstein, M. J., Johnson, C. L., & Kiarie, J. (2022). Infertility prevalence and the methods of estimation from 1990 to 2021: A systematic review and meta-analysis. Human Reproduction Open, 2022(4), hoac051.
Je suis Céline Jablonski, praticienne naturopathe à Paris et en visio, certifiée, adhérente au Syndicat des Professionnels de la Naturopathie, et formatrice en école de naturopathie. J’aide les personnes à retrouver un équilibre physique et émotionnel via les techniques naturopathiques (alimentation, activité physique, gestion du stress, usage de plantes…).
Via ce blog, je vous partage d’une manière accessible des connaissances et expériences que je trouve utiles, pour vous permettre d’aller mieux.
Ces conseils ne remplacent ni ne doivent vous priver de consulter votre professionnel de santé.